Ma seconde première Marche des Fiertés !
Cette année, la Marche des Fiertés LGBTQ bordelaise fêtait ses 30 ans et grâce une organisation parfaite du Girofard et l'envie des manifestant·e·s de célébrer nos identités, cet anniversaire a été grandement réussi ! Il y a néanmoins quelques points négatifs à mes yeux mais j'y reviendrai plus tard.
Tout d'abord, un peu d'histoire : Les Marches des Fiertés ou Pride célèbrent à chaque mois de juin les émeutes de Stonewall,
évènement crucial de juin 1969 durant lequel des personnes LGBTQ ont
combattu pendant des jours la répression policière -et donc de l'état-
après une énième descente dans un bar communautaire de New-York.
C'est le souvenir de
ce soulèvement qui marque le début de la militance moderne au début des
70's aux USA et qui s'exportera dans tout le monde occidental ensuite.
Pas avec des mecs cisgays tenant des panneaux "Love is love" et certainement pas avec l'appui d'un ancien premier ministre de droite né avec une cuillère en or massif dans la bouche qui utilise son homosexualité comme un élément de communication et encore moins avec celui d'authentiques députés fascistes qui faisaient la couv' de Têtu il y a quelques années.
D'abord nommées "Gay Pride" (dans les pays anglophones, le terme "gay" englobait à l'époque toutes les identités qui n'étaient hétéros) puis "Lesbian & Gay Pride" on leur préfère aujourd'hui le terme de "Pride" ou "Pride LGBTQ" ou aussi "Pride LGBTI" afin d'être plus inclusif·ve·s. On parle donc de "Marche des Fiertés" en français.
Et justement, la première marche française aura lieu en 1977 à Paris après plusieurs années d'empouvoirement communautaires avec des mouvement politiques révolutionnaires nés des cendres de mai 68 comme le Mouvement de Libération des Femmes ou le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire.
Les années passeront et des Marches naitront dans différentes villes de France au fil du temps. D'abord des Grandes métropoles mais on voit aujourd'hui de plus en plus de Marches dans des villes de moyenne ou petite taille et même des Prides rurales. Il y en a même dorénavant deux dans ma Dordogne natale : Une à Périgueux et une à Bergerac ... Que de progrès depuis que j'ai fui pour venir à la ville !
Et en ce samedi 30 mai à Bordeaux, les rues étaient pleines de joie, de paillettes, de personnes LGBTQ de tous horizons ainsi que des allié·e·s, de musique et de merveilleux slogans. Les nouvelles générations insufflent un militantisme festif qui manquait depuis longtemps et ça fait un bien fou !
Il faut dire que pendant de nombreuses années, que ce soit à Bordeaux ou ailleurs, les Prides étaient surtout animées par les immenses chars des commerçants cisgays (et encore, ça c'est quand il y en avait plusieurs) avec de la dance à fond la caisse, quelques drags old school et des gogos musclés en slip pour danser dessus.
Ce n'est plus le cas ici mais c'est encore le cas dans de nombreuses villes et il arrive même parfois que ce soit les municipalités qui verrouillent l'orga de la Pride afin de se donner une image progressiste (coucou Moudenc le gros sac à merde) alors que ces municipalités mènent des politiques de droite même si certaines de ces municipalités se disent de gauche (coucou les libéraux du Parti Socialiste).
Loin de moi l'idée de cracher sur les mecs cisgays (même si c'est pas l'envie qui m'en manque) mais faut avoir conscience qu'on est une communauté plurielle et variée et qu'il n'y a pas que le G dans l'acronyme LGBTQ !
Heureusement, ce temps là est désormais révolu.
La Pride est évidemment une fête mais il ne faut
pas oublier que ces Marches sont des manifestations de visibilité et de
revendications pour nos droits.
Une énorme manif mais, ce jour-là, on
décide de mettre des paillettes sur nos pancartes, des plumes dans le
cul et on montre notre colère et/ou notre joie en vibant sur Britney Spears et Madonna à fort volume !
Et en cette année 2026, on était plus de 12000 à marcher et danser fièrement dans les rues de la ville !
Le point de rencontre était aux Quinconces et, avant que la Marche ne démarre, il y a eu des discours engagés de militant·e·s d'associations LGBTQ locales.
Moment boring pour ceux qui ne sont là que pour l'aspect festif mais pourtant si important dans une époque de fascisation de nombreux pays et de reculs de nos droits dans de nombreux endroits du monde.
Des discours poignants qui nous rappellent que malheureusement rien n'est acquis éternellement et que le danger des politiques réactionnaires en général et la possible accession du RN au pouvoir en 2027 peuvent détruire nos droits et nous tuer.
Même dans une "grande démocratie" comme la France !
Mais nos LUTTES se doivent d'être INTERSECTIONNELLES car on doit aussi penser et lutter auprès des autres membres de la commu, ANTIRACISTES car il y a aussi de nombreuses personnes LGBTQ racisées qui subissent à la fois le racisme et les lgbtphobies et ANTI-IMPERIALISTES car il ne faut pas oublier que les bombes vendues par le fleuron de l'industrie française à Isra'Hell tombent aussi sur des personnes LGBTQ en Palestine ou au Liban.
C'est heureusement cet esprit que l'on retrouvait chez de très nombreuses personnes présentes tout au long de cette si belle Marche 2026 !
Pendant le temps des discours, les copaines et ami·e·s arrivent progressivement, on se retrouve, on se fait coucou en se voyant de loin, on discute et on forme des petits groupes autour des chars en attendant le départ de la Marche.
Pour ma part, j'ai navigué entre le premier char -celui de la Familips et SOS Homophobie- sur lequel se trouvait notamment notre reine et marraine de la Pride Elips, le second -celui du Refuge et de Utopia on the Dancefloor- et le troisième -celui de la SARL Go- car c'était pour moi ceux pour les queeros militant·e·s comme moi.

Il y avait ensuite d'autres chars (dont je parlerai plus tard pour certains) et ensuite des cortèges d'assos LGBTQ et de mouvements politiques.
Un mot quand même pour les cismecs turbo relous du NPA qui, dans un move stupide et viriliste ont remonté toute la marche pour tenter de prendre la tête du cortège : D'une c'est absolument pas respectueux pour les équipes de bénévoles qui travaillent depuis des mois à l'organisation de cet évènement et ont mis en place un ordre pour chaque char et structure qui participaient à la Marche mais en plus vous avez fait chier un nombre incalculable de personnes en hurlant dans votre mégaphone.
Nous aussi on déteste Macron mais fermez un peu vos grandes bouches parce que vous gueuliez tellement fort que ça couvrait parfois la musique. "Les jeunes dans la galère, les jeunes dans la misère", on connait très bien la chanson quand on est LGBTQ, merci bien !
Le cortège avance dans les rues et après un moment à danser sur les DJ sets de Garnement et Mikaa Rambar on arrive au Parvis des Droits humains et les chars coupent la musique.
La raison est simple et Jane Go l'explique très bien dans un discours engagé : Nombre de personnes LGBTQ sont mortes, que ce soit dans les camps d'extermination nazis, assassinées pour ce qu'elles sont ou encore emportées par le SIDA à une époque pas si lointaine où il n'y avait pas encore de traitement contre le VIH pour les personnes séropositives et encore moins de traitement préventif comme la Prep !
Moment hyper poignant : la rue est silencieuse et on est nombreux·ses avec le poing levé en signe de souvenir et de résistance. J'en ai chialé.
Pendant que nous étions dans la rue, les sœurs de la perpétuelles indulgence déposaient des gerbes de fleurs au Mémorial des déporté·e·s du Fort du Hâ en souvenir des personnes LGBTQ tuées durant la seconde guerre mondiale.
Comme je l'ai dit plus haut, ce jour-là on défile pour faire la fête mais aussi pour manifester, se souvenir et honorer la mémoire de celleux qui ne sont plus avec nous.
Le cortège redémarre, la musique résonne de nouveau, je perds mes
ami·e·s mais j'en retrouve d'autres. Il fait beau mais pas hyper chaud
comme les jours précédents, on a pour beaucoup sorti nos meilleurs
outfits, c'est un super moment de célébration et, chose que j'avais
perdu depuis des années, j'ai ressenti de nouveau ce sentiment si
puissant de faire partie d'une communauté !
J'ai titré que c'était ma "seconde première Pride" car ma toute première était il y a 28 ans -déjà- à Bordeaux mais cette année je n'y étais plus seulement avec mes trois ami·e·s proches mais aussi avec plein de personnes, rencontrées au Philippe ou ailleurs avec qui j'ai discuté, ri, gueulé et dansé !
Cette année et pour la première fois depuis longtemps, je me suis vraiment senti comme faisant partie d'une grande et belle commu !
Sentiment réjouissant mais étonnant, comme une impression de revenir à l'époque où j'étais un gamin débarqué de sa campagne qui découvrait ce que ça fait d'être entouré de semblables qui sont aussi pour certain·e·s des potes.
D'autant plus que je suis aussi intervenu en tant qu'artiste durant ce weekend, c'était hyper gratifiant et j'ai eu de merveilleux retours de la part de mes adelphes alors cœurs sur vous !
DISCLAIMER : Avant de continuer le récit de ce weekend de Pride -parce que oui,
ça a duré tout le weekend - je dois parler rapidement de ce qui, à mon
sens, posait problème sur cette Marche.
J'ai dit que les trois premiers
chars me semblaient les plus militants et c'est le reste du cortège des chars qui étaient problématiques selon moi car il y avait en quatrième position un
vendeur de drapeaux et autres goodies aux couleurs LGBTQ, des produits
made in China qu'on peut trouver pour bien moins chers sur des sites web
tout aussi discutables comme Amazon ou Ali Express.
Il y avait aussi un char de "Super Zéros de la Pride" et autres "crottes pailletées" qui, drapés dans des (in)postures de militants, sont des hommes cisgays blancs problématiques de part leur positionnement politique très à droite mais surtout car ils ont agressé une personne queer et drag locale, la harcelant et la menaçant de mort sur les réseaux sociaux.
L'histoire est partie tellement loin qu'il y a dû y avoir une médiation avec le centre LGBTQ avant leur participation à la Pride. Ils ont fait trois stories minables en mode "déso les LGBTXYZ, on comprend rien à vos bails de wokistes mais on vous agressera plus. C'est pas bien la violence, promis" puis ont défilé sur un char à leur image : laid, vide et pathétique.
Bien entendu, la Marche est passée, ils ont fanfaronné sur Instagram et dans leur bar pour cisgays habituel mais ils l'insultent encore régulièrement sur Instagram en la traitant notamment de "femme cis hétéro hystérique" parce qu'évidemment, pour ces mecs cisgays, il leur est inconcevable d'une femme cis soit bisexuelle, fasse du drag et soit une membre de la commu !
On est sur Cnews ou quoi ?
Il faut aussi noter la présence de deux drags qui ont des bails de VSS au cul depuis un moment déjà, les témoignages sont nombreux et ça se sait dans la commu.
Un des chars d'une asso qui à l'audace d'avoir le terme "Queer" dans son nom comptait aussi dans ses membres des militants du RN et, s'il était encore nécessaire de le rappeler, les fachos n'ont pas leur place dans nos luttes !
(Et je rappelle aussi que ACAB ça inclut bien évidemment le FLAG)
Mais assez parlé de ces éléments pathétiques car iels ne méritent que du mépris, des coups de pelles dans la nuque et on espère les voir disparaitre rapidement.
Retour à la fête : Faut
dire qu'elle avait déjà très bien commencé la veille de la Marche avec
la Be.Forte, fête organisée de main de maitresse par Raziel, membre éminente de la Maison Éclose, à la Fabrique Pola.
Au
programme de cet évènement en plein air et en bord de Garonne : des perfs drags, une scène ouverte et un super DJ set
de Karaba Project pour conclure cette si belle mise en jambes !
Saut dans le temps, on revient à samedi en fin d'après-midi : En bas du Cours Victor Hugo, je fais des doigts d'honneur aux CSP+ atablé·e·s en terrasse du bar de gentrificateurs de merde qui vendent des camenberts rotis à 28 balles dans un quartier populaire et qui nous filment comme des animaux au zoo avec leurs iPhones à deux SMICS.
Le cortège arrive ensuite sur les quais à Saint Michel car le Girofard ne s'est pas contenté d'organiser la Marche mais aussi un after gratuit, en plein air et pour toustes !
Après des discours très émouvants d'Elips au sujet de sa jeunesse pleine de questionnement loin de la ville et d'Antoine qui a parlé de son oncle mort du SIDA, s'enchainent des perfs drag, des DJ sets, du voguing, du pole dance et plein d'autres merveilles. ET TOUT CA GRATUITEMENT !
La soirée était hostée par les drags Prudence Lips et Trudie Balls. Mention spéciale à cette dernière qui, habillée d'une superbe robe rouge et d'une imposante perruque, a mis de sacrés tirs à notre maire macroniste et au RN, go girl !
La fête ne s’arrête jamais et à la fin de l'after certain·e·s se dirigent vers Bien Public, club de la rive droite où a lieu une soirée clubbing avec un plateau de DJs LGBTQ jusqu'à 6h du mat. L'ambiance est super festive, des drags, des dolls et des performeureuses dansent sur scène, des pédales me proposent 16 fois du poppers, tout le monde danse, certain·e·s roulent des pelles, c'est des soirées comme ça qu'on veut !
Malheureusement, il y a quand même eu des mecs cishets pour faire chier durant la soirée : gorgés de puissance et d'alcool après le match de foot, ils ont lancé des boissons sur des personnes qui fumaient dehors, ont fait chier des meufs trans dans le club et ont aussi attaqué des lesbiennes sur le Pont de Pierre d'après ce que j'ai vu et qu'on m'a rapporté. Même dans des moments de célébration pour nous, ils ne peuvent s'empêcher de nous violenter !
Retour à la maison au petit matin, quelques courtes heures de sommeil et on se retrouve dimanche en fin d'après-midi au Philippe afin de finir bien comme il faut ce sacré weekend sur fond de disco et de plaisirs coupables 80's. On boit des verres en terrasse, on discute, on rit ... on est toustes épuisé·e·s mais très heureux·ses de tous ces si merveilleux moments. J'étais tellement heureux et ému que j'ai de nouveau chialé et encore plus que la veille !
Des weekends comme ça, il en faudrait tous les mois ! Certain·e·s diront qu'on veut des weekends comme ça tous les weekends mais de mon côté déjà j'ai 48 ans et besoin de me reposer après tout ça mais faut surtout penser aux bénévoles qui ont travaillé des mois durant afin de proposer de si beaux évènements et ont largement mérité se se reposer elleux aussi !
Alors pour tout ça, merci le Girofard, merci les -vrai·e·s- militant·e·s, merci les assos, merci les queeros, merci les drags, merci les puppies, merci les weirdos et aussi un grand merci à la talentueuse photographe Orlane Dubiez qui m'a autorisé à utiliser quelques uns de ses clichés pris durant la Marche afin d'illustrer ce billet !
J'écris ici mais tu peux aussi me follow sur Instagram ici : Moi, le gros pédé !
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