Jim Queen : Muscles, sextoys, puppies, discriminations et IST sur grand écran !

 

Un avant propos pour celleux qui ne l'ont pas encore vu : Sorti au cinéma en plein mois des fiertés, Jim Queen raconte les aventures d'un trentenaire gay parisien, influenceur star des réseaux sociaux narcissique et admiré pour sa musculature qui va contracter l'hétérose, une maladie qui transforme les hommes gays en hétéros !
Il va devoir s'allier avec Lucien, un jeune fan encore dans le placard afin de trouver un remède à l'épidémie qui menace la commu.

C'est drôle, référencé et irrévérencieux. L'humour potache, vulgaire et parfois trash servant à faire passer des messages importants.

Alors évidemment tout n'est pas parfait mais foncez le voir, vous devriez rire aux éclats !

ATTENTION : SI VOUS N'AVEZ PAS ENCORE VU LE FILM, NE LISEZ PAS LA SUITE CAR JE VAIS SPOILER !!!

Un peu de contexte pour commencer : Jim Queen est un film d'animation français écrit et réalisé par Nicolas Athané et Marco Nguyen et c'est leur premier long métrage.

Un projet qui a mis sept ans à voir le jour car c'est un film par et pour des membres de la commu et pas une énième ringarde comédie française homophobe avec Christian Clavier, les fonds ont donc été plus difficiles à obtenir et un financement participatif a terminé de financer le projet.

Étrangement (non), le cinéma français est bien plus prompt à financer d'innombrables films qui parlent de nous mais sans nous. Combien de films grand public sur l'homosexualité ou la transidentité écrits et réalisés par des mecs cishets, avec un cast de personnes cishets, qui accumule les clichés et sont plus des crachats à la gueule que des chefs d’œuvre du 7ème art ? ON SAIT !

Jim Queen est un petit bijou bourré de références à la pop culture (notamment à Akira, le meilleur film japonais d'animation ever), au milieu gay parisien et à certains lieux emblématiques de la ville, il met en scène différentes composantes de la commu gay mais parle aussi de l'histoire de la commu en évoquant la crise du SIDA des 80's et 90's ou encore les attaques homophobes de la classe politique, je développerai au fil des lignes.


Avant d'entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser que le film a été vendu dans la presse comme un film queer car c'est visiblement le nouveau terme à la mode mais queer, LGBT et gay ne désignent pas forcément les mêmes personnes. En réalité, c'est un film gay et ce sont des gays qu'on voit à 99% du temps à l'écran.

Maintenant, "allons-y" comme le dit mon Docteur préf !

Durant le film, on va suivre principalement deux personnages : Jim Parfait est un trentenaire cisgay parisien blanc, musclé et barbu, aussi narcissique qu'égoïste qui partage son temps entre la salle de sport où il sculpte sans relâche son corps (d'où le jeu de mots dans le titre du film avec les "gym queens") afin d'être le plus désirable possible et le clubbing à la soirée "Powerboyz" durant laquelle il passe son temps à prendre des drogues de synthèse, pécho tous les mecs qui passent et faire le beau en dansant sur le plus haut podium qui lui est réservé.

Sa vie tourne donc autour de lui, de lui et encore de lui ainsi que de l'admiration qu'il suscite via son physique et l'image qu'il se donne sur les réseaux sociaux, notamment en balançant des punchlines creuses mais supposées inspirantes comme son
"reste toi-même, les autres sont déjà pris" que Lucien répète comme un mantra.

Lucien justement, le second héros du film, est un jeune twink puceau qui idolâtre Jim et trouve refuge dans sa safe place remplie de goodies à l’effigie de Jim, de sextoys et accessoires de différents kinks et pratiques sexuelles comme des cagoules, des Nike TN, un sling, etc. Il a aussi de nombreux coussins aux couleurs des différents drapeaux de la commu LGBTQ dans lesquels il adore s'allonger pour rêver d'une vie meilleure.
La safe place de Lucien c'est littéralement un placard, c'est triste mais sacrément bien vu !


Car le problème principal de Lucien c'est sa mère : Ministre de la santé hyper réactionnaire et homophobe, clone évident de l'immonde Christine Boutin, elle a parfaitement conscience de l'homosexualité de son fils mais fait tout pour occulter ce fait.

Détail intéressant : dans la première scène où on voit Lucien avec sa mère, il lit "Misery" de Stephen King. Un livre qui raconte comment une femme séquestre son auteur préféré et le torture, comme un écho au traitement que sa mère lui fait subir.

La mère de Lucien ira même jusqu'à tenter de le "convertir" à l'hétérosexualité dès sa petite enfance avec l'aide d'un savant fou, le film évoquant sans détour les thérapies de conversion dont sont encore victimes nombre de personnes LGBTQ dans le monde.

Pour rappel, les thérapies de conversion sont souvent le fait de religieux·ses qui utilisent la prière, l'exorcisme, différentes formes de tortures physiques et mentales ou encore des viols afin de remettre les personnes LGBTQ dans le "droit chemin" de l'hétérosexualité et de la cisidentité. Spoiler : ÇA NE MARCHE PAS !

On va rapidement s'en rendre compte durant le film mais Jim, cisgay dans le haut de la "chaine alimentaire" est un homme au physique travaillé et désiré mais c'est un énorme tocard égoïste, méprisant, classiste, grossophobe, follophobe et qui ne respecte pas le consentement mais il ne s'en sortira pas sans l'aide des autres gays qu'il méprise car non conforme selon lui : trop folle, pas assez musclé, trop ci, pas assez ça.
Il pense être le meilleur mais il n'est finalement rien sans les autres !

N’importe qui qui est déjà allée sur Grindr connait sur le bout des doigts les comportements de ces "masc4masc" bouffis d'orgueil qui rejettent systématiquement tous ceux qui ne répondent pas à leurs attentes physique.
Peu importe que tu sois con comme une table, tant que t'as une belle gueule, des muscles, une grosse bite et surtout moins de 35 ans c'est OK. Si tu n'as pas minimum un de ces attributs, tu ne vaux rien sur le marché de la viande !


"Vrai mec pour vrai mec"
"Musclé cherche même profil"
"Pour mecs fit only"
"Pas de folles"
"Look hétéro"
"Pour sportif BM uniquement"
ON SOUFFLE EN VOYANT CES PROFILS !
Je suis même déjà tombé sur un "je me casse le cul à aller à la salle alors c'est pas pour sucer des gros", la violence intracommunautaire est parfois sans limites !


Jim raconte avoir été méprisé et moqué pour son physique de gringalet dans ses jeunes années mais, au lieu de s'accepter tel qu'il était, il a préféré se conformer aux dictats de ses oppresseurs avant d'en devenir un à son tour.

Drôle de vision que ces hommes cisgays qui, après une adolescence et des jeunes années très souvent marquée par la honte, les moqueries, le dégout, la dissimulation, le harcèlement et toutes les épreuves difficiles à traverser quand t'es pas cishet préfèrent devenir à leur tour des oppresseurs alors qu'ils devraient justement être beaucoup plus acceptants que les autres.

Jim, comme beaucoup, ne semble pas faire du sport parce que ça lui plait mais il le fait pour être baisable, il le fait pour la fame, il le fait pour ne pas être rejeté. Il le fait pour être aimé même si c'est juste au travers de likes sur ses innombrables selfies.
Triste illusion dans une époque où les smartphones et les réseaux sociaux sont des extensions de nos vies, pour le pire et le meilleur.


Il faut quand même préciser que cette fascination pour les corps musclés n'a pas forcément toujours été la norme : Dans les 70's et le début des 80's, il existait déjà des cisgays musclés et on les retrouvait parfois sur des couvertures de "magazines de sport pour hommes" avec des photos utilisant les codes gays de l'époque connus et compris des initiés et chargées d'un homoérotisme à peine voilé !

Mais on trouvait cependant dans les "revues spécialisées" et les films pornos des hommes aux apparences variées : avec ou sans poils, torse dessiné ou ventru, des ours, des jeunes, des daddies, des physiques lambdas, des cheveux longs ou courts ... Les corps étaient bien moins normés et standardisés !

Mais il y a ensuite eu plusieurs facteurs pour expliquer cet attrait -parfois jusqu'à l’excès- des corps musclés : certains studios de porno US ont mis en avant des corps très musclés et glabres comme celui de Jeff Stryker dans les 80's.
Ces années ont aussi été marquées par l'essor de la mode du sport et de l'aérobic pour maintenir son corps en forme et dans la mesure où les cisgays ont souvent été à l'avant-garde ou des suiveurs de modes, ils ont embrassé celle-là aussi.

Il y a aussi encore aujourd'hui chez certains un souhait honteux de ne pas avoir l'air trop gay, trop efféminé, trop folle alors pour compenser ça et être accepté et validé par la société cishétéropatriarcale, ils foncent à tête baissée chez Basic Fiotte alors qu'il serait bien plus logique d'envoyer chier tout ça et de s'accepter tel que l'on est. Mais ça, ça demande beaucoup de force et de courage !
Les fameux "je suis gay mais pas LGBT", très souvent de droite et d'extrême droite, qui chouinent contre le wokisme sur les réseaux sociaux.

Mais il y a un élément bien plus tragique qui a amené à glorifier et standardiser les corps musclés : Quand le VIH a touché la population cisgay, il y avait différents éléments qui annonçaient le rapide passage au stade SIDA. Les malades devenaient de plus en plus maigres au fur et à mesure que leur corps lâchait et il y avait aussi de sarcome de Kaposi qui faisait apparaitre sur la peau des personnes séropositives des lésions plus ou moins faciles à dissimuler.

Afin de masquer et compenser les effets de la maladie, certains hommes séropositifs ont donc fait du sport à gogo tandis que certains hommes séronégatifs l'ont aussi fait mais pour ne pas "avoir l'air malades" car, à l'époque, l'absence de traitement tuait à une vitesse et une cadence effrayantes et la paranoïa sur qui était malade ou pas était hyper répandue. Cet attrait pour la gonflette à outrance est ensuite restée.

Des gars plus âgés que moi m'ont raconté cette époque et certains avaient peur de coucher avec d'autres car on manquait cruellement d'information sur les modes de transmission et les pratiques sexuelles ont changé chez certains : fini la pénétration ou même le sexe oral, ils pratiquaient le "safe sex" en mettant en avant d'autres pratiques comme la masturbation mutuelle ou simplement le frottage d'un corps contre un autre.

Certains enterraient des copains, des amis, des amants toutes les semaines. Je ne sais pas si on se souvient et si on a conscience de l'hécatombe que ça a été ! C'est pas normal de mourir aussi jeune et c'est encore plus tragique quand on sait l'inaction des autorités politiques et sanitaires de l'époque !
Et ce stigma des années SIDA on le retrouve encore au sein de la commu vis à vis des mecs séropos alors qu'aujourd'hui il existe des traitements qui permettent de vivre une vie ordinaire et qu'avec ces traitements, on ne peut pas transmettre le VIH. Il est d'ailleurs plus safe de coucher sans capote avec une personne séropo sous traitement qu'avec une personne qui ne connait pas son statut sérologique.

Lolita Banana l'avait très bien mis en scène lors d'une perf dans Drag Race France d'ailleurs : U=U (en VO) ou Indétectable=Intransmissible (en VF).

Même ce tocard de Jim le sait car quand on lui annonce qu'il a une IST, il dit que "ça peut pas être le VIH car je prends la Prep". C'est une petite phrase qui peut sembler anodine mais elle est pourtant hyper importante ! Aujourd'hui, les traitements préventifs contre le VIH existent et il serait indispensable de les généraliser.
Aujourd'hui, on ne crève plus du SIDA si on est dépisté et sous traitement mais il y a encore énormément de sérophobie et on ne compte plus le nombre de profils Grindr qui affichent "pour mec clean uniquement", comme si le fait d'être séropo faisait de toi une personne sale. Ce terme est absolument à bannir tellement il est stigmatisant pour les personnes vivant avec le VIH et il s'étend aussi aux IST : ça peut arriver à tout le monde d'attraper une Chlamydia ou une Gonno et c'est pas grave !

D'où l'importance de se faire dépister régulièrement (tous les 10 partenaires ou tous les trois mois, c'est bien idéalement), c'est même totalement gratuit, sans ordonnance et sans rendez-vous pour les moins de 26 ans en labo ou dans un CEGIDD.
Et si vous avez la chance d'avoir un·e bon·ne médecin généraliste, iel peut aussi vous faire une ordonnance pour un dépistage ainsi que vous prescrire la Prep. J'ai de la chance, mon médecin est gay et en couple ouvert (je le sais car je l'ai vu sur Scruff) alors je peux lui parler librement et sans jugement !

J'encourage toutes les personnes qui virevoltent à droite à gauche pour du sexe à se faire prescrire la Prep et pour des informations sur le VIH, les IST, la santé sexuelle ou la RDR, il y a plein de super comptes militants comme celui de Fred Lebreton, Kepsmag ou des structures comme Actions traitements ou Aides par exemple !

La sérophobie, la stigmatisation, la peur de la maladie, tout ça est montré dans Jim Queen. Quand Jim attrape l'hétérose et embrasse Nina en public, les rumeurs se répandent directement sur lui (alors même qu'il avait lui-même fait de même en disant que Pavel avait la Variole du singe), il est déprécié, perd ses followers et est banni de la Powerboyz trainé au sol avec une laisse comme un animal enragé pendant que certains crient "hétéropositif" en le montrant du doigt.

Des cishets nous traitaient de "sidaïques", de "dépravés" et autres noms d'oiseaux dans les 80's et 90's (et le font encore aujourd'hui), les cisgays sont aussi malheureusement capables de reproduire ces comportements envers leurs semblables.

Et pour ce qui est des disparus à cause du SIDA, le film l'évoque très bien à travers la chanson de Glamydia ou quand les clients du bar gay touchés par l'hétérose deviennent transparents puis finissent par disparaitre. Une manière intelligente d'en parler !
En parallèle de la descente aux enfers de Jim, le jeune Lucien découvre avec des étoiles dans les yeux un lieu qui lui semble plein de magie : les garçons s'embrassent sur le dancefloor de la Powerboyz, certains baisent dans les chiottes, tout ça lui semble être un lieu de liberté et d'émancipation et il tombe nez à nez avec une drag nommée Glamydia.

Celle-ci sert de guide à Lucien, c'est un grand classique dans la commu : les ainé·e·s accueillent les plus jeunes et transmettent des savoirs qui sont pas dits dans les familles biologiques.
Nos parents nous apprennent généralement à faire du vélo, à faire nos lacets, à nous raser ou mettre un tampon, nous accompagnent sur le chemin de l'école, etc mais dans la commu LGBTQ ce sont souvent les ainé·e·s qui "font l'éducation" des plus jeunes, leur apprenant à sociabiliser entre adelphes, leur racontant nos histoires qui ne sont toujours pas enseignées à l'école, protégeant les plus vulnérables des personnes pas safe, expliquant comment fonctionne un bar, une backroom, un show drag ou un lieu de drague.


Je considère d’ailleurs que c'est aussi mon rôle maintenant que j'ai 48 ans et je me souviens encore parfaitement de mon coiffeur Stéphane qui est mort du SIDA quelques mois après que je l'ai rencontré, de Myriam qui m'a souvent offert des shooters à feu La Factory alors que j'étais un jeune pédé fraichement débarqué de ma campagne, de Bruno qui me voyait dans sa boutique essayer des vêtements que je n'avais pas les moyens de m'offrir et toustes les autres qui m'ont accompagné dans ces années de découverte.

Cette éducation LGBTQ se fait la plupart du temps avec bienveillance comme le fait Glamydia mais il faut quand même parler des comportements de prédateurs que les twinks comme Lucien connaissent très bien quand des messieurs de l'âge de leurs pères veulent leur payer des verres en espérant pouvoir les mettre dans leurs lits.

Le culte du corps parfait, l'hypersexualisation de la sociabilisation et le fantasme de la jeunesse éternelle qui flirte avec la pédophilie, faudra que j'en parle une autre fois parce que y'a des choses à raconter !
"Not all men" mais toujours des hommes cis, y'a pas que les hétéros qui peuvent être problématiques malheureusement.

Quand Lucien s'émerveille de voir enfin ce qu'il pense être la commu LGBTQ, Glamydia lui dit que malheureusement il n'y a que des gays ici et elle explique les codes du milieu avec notamment les différentes catégories qui ne se mélangent pas contrairement à ce que pourrait supposer la prétendue inclusivité d'un tel endroit.

On comprend donc qu'il y a des hiérarchies liées à la jeunesse, au physique, aux pratiques sexuelles, aux CSP, etc. Tout ça est terriblement vrai et se retrouve très facilement chez les cisgays malheureusement.
Elle lui explique que les cisgays musclés se la jouent inclusifs mais sont des faux culs égoïstes qui ne se prennent pas pour de la merde en étant en haut de la pyramide de la désirabilité et qui reproduisent des schémas virilistes.

Là où il peut y avoir des porosités entre certaines composantes de la commu cisgay, ceux qui passent leur temps à la salle de sport ne se mélangent pas.
Et on s'aperçoit d'un autre élément avec la scène du bar bear : contrairement aux cisgays musclés qui passent leur temps à s'admirer, les bears sont plus chill et boivent des verres, discutent, se draguent et font du karaoké dans leur lieu. Ils semblent bien plus sociabiliser et surtout de manière différente des mascus muscu de la Powerboyz !

Cette mixité absente de la Powerboyz, on peut la retrouver sur le lieu de drague où Jim et Lucien rencontrent Michel le kiffeur, personnage très drôle qui est évidemment une évocation de la chenille fumeuse dans "Alice au pays des merveilles".
Et par la même occasion, Lucien est initié au sexe et en plein air. Il possède bien des sneakers dans son placard mais elles n'ont jamais été portées par un autre.

Les lieux de drague sont aussi des éléments importants des rencontres entre hommes -qu'ils soient gays, bis ou encore dans le placard avec une vie hétéronormée qui déborde parfois dans le secret, l'obscurité et l'anonymat de ces lieux- et même s'ils tombent en désuétude depuis la généralisation des rencontres via internet, ils ont encore leur public et sont nécessaires pour de nombreuses raisons.
J'ai un billet en cours à ce sujet, je le posterai dans l'été.


Pour avoir connu une époque où Bordeaux et d'autres villes débordaient de lieux communautaires avec certains lieux pour toutes les personnes de la commu, certains bars et clubs avec backroom uniquement pour les hommes, des lieux uniquement lesbiens, je regrette amèrement la disparition de tous ces lieux et le fait que quasi seuls les lieux par et pour des cisgays existent encore.

C'est évidemment OK de vouloir parfois se retrouver en non-mixité pédé, trans, lesbiennes, etc mais la non-mixité non dite et mise en place par le patriarcat et le pouvoir financier c'est vraiment pas OK. Encore moins en 2026 !
De la même manière qu'on ne parle plus de "gaypride", il faut avoir conscience que nous sommes une commu riche d'identités différentes et que la domination du G, ça suffit !
On subit déjà assez d'oppressions et d'agressions de la part des cishets sans en plus supporter celle des cisgays qui ne pensent qu'à eux et prennent toute la place.

Ça aussi, le film le montre très bien et, au contact de Lucien, Jim arrive à comprendre qu'il s'est comporté comme une merde des années durant.
Il finira même par concéder que c'est OK d'être fem, d'être un twink, d'être une folle, de se maquiller et de ne pas reproduire des schémas oppressifs de surmasculinité. Il encouragera aussi Lucien à faire son coming-out en lui expliquant à quelle point ça le libèrera.


Après de nombreuses péripéties, Jim mobilisera toute la commu cisgay et ils se battront côte à côte contre la ministre homophobe qui dispose d'un immense arsenal répressif disponible en appuyant simplement sur un bouton.

Elle a voulu décimer une population qui ensuite riposte légitimement mais le bras armé de l'état s'agite instantanément pour réprimer. La ressemblance avec la répression mondiale des mouvements sociaux et écolos de ces dernières décennies est évidente, tout autant que l'évocation des émeutes de Stonewall même si lors de ces dernières ce n'étaient pas les cisgays qui étaient en premières lignes !

Et, en plus de la répression, une autre réalité est montrée : la ministre homophobe est finalement condamnée mais, comme avec Sarkozy et son séjour all-inclusive de deux semaines en prison alors qu'il avait été jugé et condamné pour des faits hyper graves, la ministre n'écopera que d'une semaine sous bracelet électronique dans son riad à Casablanca. La justice est toujours bien plus clémente avec les puissant·e·s.


Et finalement l'hétérose disparaitra grâce une chose que les gardiens de la morale trouveront répugnant : la prostate de Lucien est magique, contient l'antidote et c'est donc grâce au sex tour mondial d'une jeune lope à jus que l'épidémie prendra fin.
Faites vous enculer et tous les problèmes disparaitront, si c'est pas sex positive ça ! 

Le film dans son ensemble est super drôle, y'a plein de clins d’œils de partout, les symptômes de l'hétérose tournent en dérision la cishétéronormativité avec les gars fans de foot et qui s'habillent mal, on retrouve La Briochée (avec qui j'ai eu la chance discuter d'une passion en commun : la synth-pop française des 80's), François Sagat (que j'ai découvert à cette occasion, je n'ai jamais regardé de porno dans lequel il jouait car je suis une âme pure) et Alex Ramirès dans le cast vocal, la musique est cool, les flics se font littéralement chier dessus, frapper par des godes géants et se prennent des branlées par des drags et des puppies, c'est un très bon divertissement mais qui sait aussi faire passer des messages importants.

Le film comporte tellement de références propres au monde gay que je ne sais pas à quel point les personnes cishets comprendront ou pas certains éléments mais, à moment donné, si vous êtes des allié·e·s, c'est aussi à vous à vous éduquer et à comprendre notre monde.
On est bien obligé·e·s de le faire avec le votre !

Tout n'est pas parfait évidemment mais voir autant de pédalerie déborder de l'écran est tellement réjouissant ! J'ai eu la chance d'assister à la première séance avec des potes LGBTQ et, ce soir-là dans la salle, la population était très arc-en-ciel.
On a même eu la présence des Sœurs de la perpétuelle indulgence qui ont béni la séance accompagnées de puppies ! OUAF OUAF !

En ces temps de backlash réactionnaire, d'attaques constantes contre nos droits et nos existences, à un an d'une élection présidentielle grâce à laquelle l'extrême droite pourrait accéder au pouvoir -même si ses idées ont déjà bien infusé dans toutes les sphères politiques et médiatiques- il est important d'avoir ce genre de film, d'arriver à rire de nous et de comprendre qu'on doit faire corps -et pas que dans les backrooms- afin de contrer celleux qui nous attaquent de toutes parts !


Maintenant, je vais parler de choses qui m'ont semblé problématiques ou hors de propos :

Déjà, les personnages sont très blanc, y'a quasi pas de personnes racisées mis à part Nina la pote de Jim qui est quand même juste un faire valoir mais je me dis que c'est peut-être pour montrer le racisme lattent de certains cisgays car, dans le bar bear, les ours ont différents pelages et semblent bien plus variés dans leurs couleurs.

Les bears justement : Pourquoi ce sont les seuls représentés de manière anthropomorphique ? Des ours en ours, ok mais, à ce moment là, pourquoi est-ce qu'il n'y a pas de pandas (des bears asiatiques), de loups (des mecs au corps dessiné et poilu), de loutres (des mecs minces et poilus) car eux aussi font partie de la commu bear.

De la même manière que tous sont très blancs, où sont les mecs trans gays ?
Est-ce là aussi pour dénoncer la transphobie des cisgays ou est-ce un acte manqué ?
Il y a bien une personne avec un drapeau non-binaire dans la manif finale mais on l'aperçoit quelques secondes dans le champ et iel ne parle pas.

J'ai aussi l'impression qu'il y a une confusion entre les Sœurs de la perpétuelle indulgence et les drags. Certes les Sœurs sont des drags de part leurs tenues et leur maquillage mais, à ma connaissance, elles ne se produisent pas sur scène de manière artistique. Les Sœurs font de la prévention sur la santé sexuelle et luttent contre les lgbtphobies mais elles ne font pas de lipsync comme les drags ou ne chantent pas comme des artistes de cabaret.

Pour
la "Gaystapo", je reconnais que le jeu de mots est amusant mais quel est le rapport entre la commu cuir/BDSM et les nazis ? Je sais bien qu'il y a des fétiches sur les uniformes dont certains rappellent ceux du IIIème Reich mais ça s'arrête là.
On retrouve aussi ces casquettes et bottes très influencées dans des dessins de Tom of Finland mais il n'y a pas de décorum avec des oriflammes similaires à ceux des nazis.

Est-ce que cette "Gaystapo" est une allégorie des cisgays qui votent pour l'extrême droite ou sont des élus RN ? Si c'est le cas, pourquoi les rattacher à la commu cuir/BDSM ?

Comme si les kinksters étaient déjà pas assez mis de côté "parce qu'ils donnent une mauvaise image à la Pride" et que les fachos se servent de photos prises dans nos évènements pour déclencher des paniques morales !

La Gaystapo pratique les thérapies de conversion, c'est très bien d'en parler mais celleux qui les pratiquent sur nous dans la réalité ce sont des cishets fanatiques religieux, ce n'est pas l’œuvre de membres de la commu.

Et le point le plus problématique : l'appart de chemsex. Alors ok, cette scène montre une réalité avec des mecs sous prods et affamés de sexe, Lucien est drogué à son insu et on sait très bien que ça arrive malheureusement.
Perso, j'ai des décennies de toxicomanie derrière moi, il est évident que j'ai sûrement eu des comportements pas du tout OK au niveau consentement dont je n'ai pas souvenir ou pas eu conscience sur le moment en étant complétement défoncé et j'ai déjà accompagné des copains pour un TPE à l’hôpital après qu'ils aient été violés lors de partouzes.
Tout ça ça existe et il ne faut pas le nier ou l'occulter.

Certains copains qui font ou ont fait du chemsex m'ont effectivement dit qu'ils se désignaient parfois comme des zombies tellement la conso de drogues en quantité et l'absence de sommeil pouvait changer leur apparence.

Il y a cependant des éléments que je trouve déshumanisant avec le comportement de Jim : non seulement, il a des propos de gros connard classiste et jugeant en disant "allez au boulot, la fête est finie bande de losers". Pour ça, je peux comprendre que c'est parce qu'il se comporte comme une merde mais il me semblait pourtant qu'il avait compris et changé de comportement grâce à Lucien plus tôt dans le film ?
Mais au lieu de les aider, Jim ouvre le rideau dans l'idée de les tuer et c'est ce qui arrive car ils fondent à cause de la lumière du soleil.

Jim qui prend un exta pour danser c'est cool mais des gars qui en prennent pour baiser ça ne l'est pas ? Ça dit quoi ce deux poids deux mesures sur les drogues ?

Je suis sobre depuis plusieurs années et j'ai bien conscience que le chemsex est un problème de santé publique qui fait des ravages dans la commu et qu'il est lié à de nombreux facteurs dont certains sont liés à la violence de la commu cisgay et d'autres à la violence de la société cishétéropatriarcale mais la désintégration des usagers de drogues, c'est pas ça que je souhaite !

J'ai vu des copains sombrer dedans jusqu'à se perdre et je ne les juge pas car moi aussi j'ai d'importantes tendances à l'addiction et je suis du genre à aller chercher de l'affection et de l'amour auprès de gars qui n'ont que du cul à offrir.
Beaucoup font du chemsex car ça répond aux injonctions à la performance, au besoin de sociabilité homosexuelle, les sensations physiques quand on prend des drogues peuvent être réellement incroyables et le phénomène de solitude gay n'est pas un mythe !

(Si tu as besoin, il y a d'ailleurs des assos communautaires qui font un super travail sur la réduction des risques et l'accompagnement d'usagers du chemsex comme Chems Pause ou Aides si vous avez besoin de parler de votre conso, discuter avec d'autres consommateurs ou échanger avec des professionnel·le·s de santé, contactez-les)


Néanmoins, j'ai beaucoup ri en regardant ce film et c'est important d'avoir des moments de visibilité comme ça même s'ils ne sont pas parfaits mais, comme avec Drag Race France, c'est pas pour autant qu'on doit mettre sous le tapis quand il y a des éléments qui ne vont pas et qu'on ne peut pas être exigeant·e·s avec ces éléments de représentation.

J'espère que ce film rencontrera un large public et qu'on aura un épisode 2 dans lequel les lesbiennes à moto et les drags aideront Jim à sauver les bars du Marais de la gentrification, un épisode 3 dans lequel un gang de meufs trans super badass auront des pistolets à eau remplis d'Estradiol afin que Lucien craque son œuf, un épisode 4 dans lequel Jim et Lucienne ouvrent un bar queer à Quimper, etc ..
.

Aux lopes à jus, la patrie reconnaissante !

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Commentaires

  1. Tu défends très bien le film, et encore plus le contexte (merci!!) mais pour moi (mon ressenti) son manque d'inclusion est rédhibitoire, comme tu l'as écrit "c'est un film gay et ce sont des gays qu'on voit à 99% du temps à l'écran", au moins on évite des représentations catastrophiques de meuf trans, mais si t'ajoutes mon mood actuel et ce manque d'inclusion assumé (même s'il brasse aussi des thèmes qui parlent à toute la commu), ce n'est pas un film pour moi :-/

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