On ne peut malheureusement pas toustes marcher lors de la Pride mais bravo les lesbiennes !

 

En ce moment, le pays traverse un épisode canicule totalement inhabituel pour un mois de mai contrairement à ce que clame tous les boomers réactionnaires et climatosceptiques sur les plateaux de la chaine de télé d'extrême droite Cnews mais aussi dans les médias dominants.

Je souffre, tu soufres, nous soufrons alors remercions le capitalisme, les méga pollueurs comme Total et les gouvernements libéraux qui nous mènent droit dans le mur car, comme a osé le dire notre grand leader Moumoute 1er : "Qui aurait pu prédire ?".

Comme beaucoup, j'en chie avec la chaleur car, en plus d'être gros, les antidépresseurs, régulateurs d'humeur et antipsychotiques n'arrangent rien. Mais je me calfeutre le matin, mon ventilo tourne h24 et j'ai tout loisir de poster des memes sur Instagram pour m'en plaindre.

Ce qui fait que l'autre soir j'ai profité de la relative fraicheur de la nuit -25 degrés quand même- pour aller faire une grande balade à vélo après avoir pris ma 47ème douche de la journée et enfilé un short rikiki d'homosexuel et un débardeur. 

J'ai la chance d'avoir un vélo à assistance électrique depuis plusieurs années ce qui fait que je peux encaisser des kilomètres sans trop de difficultés et comme j'habite au nord de la ville, j'ai rapidement accès à plusieurs pistes et voies cyclables totalement isolées de la route et des voitures et elles permettent d'aller dans différentes villes de la métropole voir même jusqu'au bord de la côte atlantique. 

Si t'as assez de batteries et/ou des bonnes cuisses, tu peux aller à la plage en empruntant ces pistes et voies réservées aux vélos et tu traverses de chouettes endroits au milieu de la végétation et souvent sous les arbres. Y'a comme un air de vacances, tu quittes réellement la ville sans avoir besoin d'une voiture ou d'un billet de train.

Le petit plus de mes balades -nocturnes ou pas- c'est que j'ai découvert il y a quelques années que mon enceinte Bluetooth rentrait pile-poil dans un porte gourde alors inutile de préciser que j'ai directement investi dans cette accessoire qui, l'autre soir, m'a encore permis de profiter d'heures de musique en pédalant.

Notamment avec ce super concert de David Bowie enregistré lors de la tournée "Reality". 35 morceaux, un festival de tubes des 70's au début 2000 avec même une superbe version de "Loving the Alien" car même si Bowie n'a vraiment pas été brillant entre 1983 et 1993, il y a quand même des morceaux 80's qui, joués correctement par des musicien·ne·s de talent et avec les bons arrangements sonnent vraiment bien comme cette version de "Absolute beginners".


Une fois ce long concert terminé, je décide de faire les derniers kilomètres qui restent avec un autre concert de Bowie. Cette fois c'est le superbe album "Low" -produit avec Brian Eno et Tony Visconti en 1977- qui est joué live et dans son intégralité au festival de Montreux en 2004.

Retour dans la ville, il est 3h du mat et j'ai diablement envie d'une glace mais malheureusement je n'en ai pas dans mon congélateur.
Ça tombe bien, il y a un McDo avec un Drive ouvert h24 sur la route pour rentrer chez moi et je décide donc d'y aller pour déguster un savoureux McFlurry KitKat Ball et caramel. On s'arrange comme on peut avec sa conscience et ses convictions quand on est gauchiste sous le capitalisme et qu'il fait chaud même durant la nuit.

Il y a deux files pour commander, je prends celle de droite (en hommage à ce cher Nicolas) et dans la file de gauche arrivent ensuite deux jeunes femmes à peines sorties de l'adolescence. Elles comptent les pièces qu'elles ont sur elles à voix (très) haute car elles semblent un peu en état de boisson.

L'une d'elle est habillée streetwear rétro un peu à la Diam's période "la Boulette" avec baggy et t-shirt oversize et l'autre s'est mise sur son 31 avec une petite jupe, des bottes à talons et un crop top. On ne s'est pas demandé·e· nos prénoms alors je vais les désigner comme Anissa et Manon.

Anissa entend la musique sur mon vélo, me demande ce que j'écoute alors je lui réponds un truc comme "un vieux rocker qui s’appelle David Bowie". Surprise : malgré son look et son jeune âge elle connait. Elle me dit que sa mère l'écoute aussi et que celle-ci aime aussi les Cure (aka "le meilleur groupe du monde") qu'elle ira voir cet été en concert. Je lui dis que j'ai aussi mon billet et on continue à discuter dans la file d'attente.

Elles sont marrantes et touchantes toutes les deux : Elles reviennent d'un anniversaire duquel elles ont dû partir parce que le voisinage a appelé les flics à cause de la musique trop forte. Fort dommage car elle m'a dit qu'elles s'ambiançaient sur un rapeur qui m'est totalement inconnu et qu'elles ont vu en concert il y a quelques mois. 
Je leur dis que moi aussi j'ai connu les problèmes dans ce genre et que malheureusement, il y aura toujours des voisin·e·s chiant·e·s qui feront le 17 dès que des jeunes s'amusent un peu trop à leur goût.

On arrive au guichet, je récupère ma commande et la leur arrive en suivant. Elles se demandent néanmoins où elles vont manger car elles veulent fumer un pétard discrètement. Je leur dis que je vais manger sur les tables en terrasse du resto et qu'elles sont les bienvenues si elles veulent.

Elles me suivent à table, Anissa porte un t-shirt à manches longues et les retrousse pour manger. Pourquoi une telle tenue avec cette chaleur ? Je trouve ça un peu inhabituel mais la honte de son corps quand on est ado ou jeune adulte fait qu'on porte parfois certaines fringues afin de couvrir les parties du corps qui nous complexent alors je n'y fais pas trop attention.

Elles me demandent si je connais tel ou tel artiste (elles ont 18 ans et moi 48 ans alors évidemment que tous les noms cités me sont inconnus) et me demandent si je suis déjà "allé en teuf ?". Elles parlent de free parties et je réponds par l'affirmative et que j'y ai même passé des disques dans des bois ou des terrains vagues il y a 20 ans et elles sont admiratives.

Je remarque qu'Anissa porte à son poignet droit un bracelet arc-en-ciel et, dans la suite de la conversation et l'air de rien, je lui dis que son bracelet est joli et que même si je n'en porte pas je fais aussi partie du lobby.

Elle me sourit et me lance, tout sourire et en désignant Manon : "C'est ma p'tite gadji. T'as vu ? Tranquille". 

Je leur demande si elles vont à la Pride de ce samedi et Anissa (c'est elle la moins timide et la plus volubile) me dit qu'elle aimerait bien mais qu'elle n'y est jamais allée parce qu'elle n'est pas out et que Manon n'assume pas leur relation en public. 
18 ans toutes les deux et encore dans le placard, j'ai connu ça aussi mais c'était il y a 30 ans, je n'avais encore jamais embrassé un garçon et la société et l'endroit où je vivais étaient bien différent·e·s.

Elles me demandent si j'y suis déjà allé et ma réponse est forcément affirmative. Je leur explique que la première fois que j'ai marché c'était il y a 28 ans et que j'ai même participé il y a une dizaine d'années à l'organisation de plusieurs d'entre elles et d'autres événements communautaires quand j'étais bénévole au centre LGBTQ local. Pareil qu'avec les free parties, elles ont des étoiles dans les yeux.

Je leur explique qu'il n'y avait rien d'obligatoire et que le jour où elles se sentiraient d'y aller y'aurait pas à hésiter (seulement sur la tenue la plus confortable ou la plus flamboyante à porter pour cette occasion). Qu'elles seraient dans une grande manifestation bienveillante et festive, entourées de personnes comme elles et que tout se passerait bien. Je leur dis que tant qu'elle ne pourront pas défiler comme nombre de leurs adelphes, je le ferai aussi pour elles.

  
Anissa me dit qu'elle était dans un bar dans le centre récemment, qu'elle y a vu un couple de lesbiennes qui se tenaient la main, qu'elle avait envie d'aller leur parler mais qu'elle avait peur. Réaction tout à fait classique et logique à son âge alors qu'elle découvre l'amour après sûrement des années à se poser des milliards de questions. Heureusement, internet est là maintenant et peut répondre aux interrogations des ados qui se sentent différent·e·s.

Elle me demande alors "mais comment vous faites pour vous reconnaitre entre homos ? Parce que les lesbiennes y'a les bagues de pouce et les ongles courts mais je connais rien d'autre". Pendant qu'elle dit ça, elle avance un peu sa main droite pour montrer discrètement mais fièrement qu'elle en porte une. C'est une bague un peu cheap d'inspiration vaguement orientale avec une fausse pierre mais elle a de la valeur à ses yeux car c'est un moyen d'affirmation et c'est ça qui compte !

Je leur ai conseillé d'aller au Philippe car c'est un lieu safe et qu'elles y auront tout à fait leur place dans la mesure où ce lieu accueille toute la commu et est intergénérationnel. Manon a ouvert Instagram et a rapidement liké la page du bar.

Nos repas terminés, elles fument leur pétard en consultant les horaires du bus de nuit qui les ramènera chez Anissa dans le sud de la ville puis Manon se questionne sur le fait de quoi manger une fois que les effets de la fume seront là et qu'elles auront l'envie de grignoter des trucs gras et sucrés si caractéristique après avoir fumé de l'herbe. Manon dit qu'elle n'a pas de biscuits dans les placards de la maison familiale, je leur dit de prendre un donut ou un brownie mais elles ont dépensé leurs derniers euros dans leurs menus. 
Heureusement, avant de partir de chez moi j'avais mis une bouteille d'eau gazeuse dans mon sac à dos et une poignée de mini Lion si j'avais un petit creux. Je n'en avais mangé aucun durant mon périple sur les pistes cyclables alors je leur donne tout ce que j'ai : 6 savoureuses mini barres de chocolat qui feront parfaitement l'affaire le temps qu'elles arrivent à destination.

On se dit au revoir et on est visiblement toustes content·e·s après avoir passé ce moment ensemble.

En pédalant sur les derniers kilomètres qui me séparent de mon appart, je repense à ma jeunesse, à mon coming out auprès de mes ami·e·s proches, à mon premier baiser avec Steven (il était si beau, il avait mon âge et ressemblait à Sébastien Charles dans "Une robe d'été" de François Ozon) assis sur un banc dans un parc en bord de Dordogne, à ma première fois dans un bar gay, à ma première Pride ... Énorme rush de nostalgie !

J'espère qu'Anissa et Manon pourront être out elles aussi, qu'elles seront toujours acceptées par leurs familles et ami·e·s, que leur amour durera longtemps et/ou qu'elle en connaitront plein d'autres. 
Qu'elles auront des ami·e·s LGBTQ avec des tapettes fans de Céline Dion, des butchs motardes et des dolls expertes en maquillage, une douzaine de chats, qu'elles auront les plus beaux mousquetons à leurs ceintures et qu'elles passeront du temps à Leroy Merlin ou Sephora ensemble ou avec leurs futures meufs. 
Parce que BRAVO LES LESBIENNES !

Découvrez ou révisez votre histoire (surtout les cisgays normatifs qui parlent encore de "gaypride" et de "bars gays") parce que si le L est au début de LGBTQ, il y a bien une raison -même plusieurs- car sans les lesbiennes et les meufs trans racisées, les émeutes de Stonewall auraient été bien différentes, sans les mouvements féministes pas de création des premiers mouvements militants en France comme le FHAR, sans les lesbiennes les malades du SIDA seraient morts complètement seuls dans les hôpitaux ... La liste est longue et il est important de le rappeler ! 

Il arrive très souvent de croiser des ados à la Pride avec des grands drapeaux LGBTQ portés comme des capes, qu'iels soient concerné·e·s ou non. 
Ce sont souvent des ados ALT avec des looks émos/goths ou des geeks qui font parfois du cosplay et looké·e·s comme en convention (je serai en revanche incapable de reconnaitre tous les personnages référencés dans leur looks, je reconnais le bandeau de Naruto ou le chapeau du héros de One Piece mais ma génération c'est Dragon Ball, Saint Seiya mais aussi -le choc de mes 11 ans- l'incroyable Akira !

La fille de mon plus vieil ami (on se connait depuis la 6ème) est dorénavant proche de la majorité et sort avec un mec bi depuis quelques temps et son orientation sexuelle n'est même pas un sujet pour elle. C'est pas la même chez toustes les ados mais c'est super que ça se passe bien pour lui.

Heureusement que les mentalités évoluent, que la société change et que nos existences sont de plus en plus visibles même si tous les bienfaits liés à ces évolutions sociétales peuvent s'écrouler tel un château de carte à cause du fascisme, des politiques réactionnaires ou encore des courants des courants masculinistes qui émergent et prennent de plus en plus de place et de visibilité notamment sur YouTube et les réseaux sociaux. 

Le RN, les mouvements et partis politiques réactionnaires, conservateurs et libéraux ne seront JAMAIS des allié·e·s de nos luttes : au mieux iels essaieront de nous instrumentaliser, au pire iels nous tueront.

Les mouvements d'émancipation LGBTQ, antiracistes et féministes ont pris de l'ampleur mais le backlash réactionnaire du vieux monde pourrissant reste puissant et bénéficie de forts appuis alors la lutte n'est pas terminée et on marchera et on gueulera tant qu'il le faudra ! Les écriteaux "Love is love" c'est bien mignon mais c'est pas ça qui nous permettra de pas crever !




Commentaires

  1. Oh mais c'est une rencontre tellement adorable ça ! Ce qui est fou c'est qu'elles se posent les mêmes questions que nous au même âge, ce qui est super triste quant à l'évolution de la société, malgré les avancées administratives pures (qui sont très bien malgré tout). C'est bien notre rôle, de vieux pédés, de partager un peu nos expériences dès qu'on le peut (et que c'est accueilli) ! :)))

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés